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Entretien avec Lucky McKee, réalisateur de THE WOMAN

par leduffpascal@CP

 

   

Comment est né The Woman (2011) ? Est-ce une suite de Offspring (2009) et quelle a été votre approche dans l'évolution de l'histoire de cette ' femme ' du-titre ?

Il s'agit en effet d'une continuation de l'histoire commencée dans  Offspring (2009)   mais avec une approche nouvelle. J'ai dit aux producteurs qu'il était indispensable que le projet soit très différent pour que j'accepte de le réaliser. Je ne pouvais pas me contenter de répéter ce qui avait été fait auparavant. Mon idée de départ était de prendre la vilaine du film, d'en faire d'abord une victime puis au final l'héroïne de ce deuxième volet. Le scénariste Jack Ketchum et Andrew Van den Houten, qui avait réalisé et produit ce premier film ont aimé mon approche. Jack Ketchum et moi avons écrit le roman et le scénario ensemble, et c'est Andrew qui s'est chargé de trouver le financement.

 


 

Existe-t-il beaucoup de différences entre le film et le roman ?

Non, assez peu. Jack Ketchum est un homme de lettres et moi d'images mais nous avons créé l'histoire ensemble. D'une certaine manière, on peut dire que le roman est sa vision de l'histoire, et le film est la mienne. Les deux textes ont été écrit en parallèle, un peu comme un Y : une première ligne droite en commun puis nous avons emprunté nos propres chemins. Mais les correspondances entre ces deux versions sont intéressantes. Ceux qui auront vu le film trouveront des réponses s'ils lisent ensuite le livre et vice versa.

 

S'agit-il du même type de collaboration qu'entre Arthur C.Clarke et Stanley Kubrick pour 2001, l odyssée de l espace (1968)

Oui, et je lui ai très vite fait cette proposition : ' Et si on imaginait le canevas général de l'histoire ensemble, tu écris un livre et moi j'écris un scénario ? '. Lui m'a répondu, ' pourquoi ne ferait-on pas les deux ensemble ? '. Au final, notre travail s'est plutôt réparti de la manière suivante : j'ai fait le gros du travail sur le film, il a fait le gros du travail sur le roman et nos textes ont fait de nombreux allers et retours pour trouver leurs formes finales respectives.

 


 

Pensez-vous avoir encore des choses à dire sur ce personnage à l'avenir ?

Oui, c'est tout à fait envisageable à condition d'avoir la bonne idée et de trouver là encore une nouvelle approche. Je ne pense pas qu'il soit judicieux de suivre une ligne trop droite de film en film. Le potentiel est grand avec un personnage comme celui de ' The Woman ' ou comme les nouveaux que nous avons créés pour ce film, ceux qui survivent en tout cas. Nous avons plusieurs pistes possibles à emprunter pour de nouvelles histoires. Mais si je ne suis pas du tout opposé à cette idée, il faut que je le sente dans mes tripes avant de me lancer.

 


 

Avec  The Woman (2011) , vous dirigez une nouvelle fois Angela Bettis qui était la vedette de votre tout premier film. Pensez-vous que cette rencontre initiale a changé la trajectoire que vous auriez pu emprunter en tant que réalisateur ?

Après May (2002), j'ai su que je voudrais l'engager sur quasiment tous les films que je ferais ensuite. Travailler avec quelqu'un qui a un tel registre est une bénédiction. Ne pas en profiter serait une bêtise de ma part. D'ailleurs, un certain nombre des projets sur lesquels j'ai travaillé ensuite avec Angela ont été imaginés spécifiquement pour elle. Je sais ce dont elle est capable et elle est un atout exceptionnel pour mes films. Je pense que c'est grâce à elle qu'on me trouve du talent.

 

Elle était incroyable dans May (2002) et Sick Girl...

Et elle est formidable aussi dans The Woman (2011) . Le rôle aurait pu être inexistant, celui d'une femme au foyer déprimée, réprimée, un personnage vu et revu. Mais elle lui donne une telle profondeur. Elle vous fait ressentir ce piège dans lequel elle est enferrée et à quel point c'est destabilisant à vivre.

 


 

Vous avez offert des rôles très forts à Angela Bettis et à d'autres actrices, comme Polyanna McIntosh. C'est une constante dans votre filmographie : vous racontez des histoires sur des femmes complexes, isolées, maltraitées qui tentent de se libérer des carcans imposés par des hommes. Est-il absurde de vous voir comme un réalisateur féministe ?

Il semble que cela ne soit pas si absurde car on me fait souvent cette remarque. Je n'étudie pas des livres sur le féminisme avant de me lancer dans l'écriture d'un scénario, mais j'admire les femmes et je tiens à les présenter sous un jour honnête, à montrer des facettes d'elles que l'on ne voit pas beaucoup au cinéma. Il existe de si nombreuses pistes à explorer avec les personnages féminins, ça m'intéresse beaucoup mais de là à dire que je suis féministe... Par ailleurs, je suis très fier de ce que fait Sean Bridgers dans The Woman (2011)  . Je trouvais intéressant de montrer cet aspect de la gent masculine. C'est la première fois que je crée un personnage masculin si important dans l'un de mes films, ce qui m'inquiétait un peu car j'ai surtout travaillé avec des comédiennes.

 


 

Le film est souvent très drôle grâce à son interprétation presque détachée, mais pourtant il fait peur. Cet équilibre entre l'humour et la noirceur sur ce personnage était aussi présent dans le scénario ?

C'est moins affirmé dans le roman, ou du moins dans l'intensité de ce que l'on ressent car vous le lisez. Ce dont nous avons beaucoup parlé ensemble, Sean et moi, c'est de ce côté détaché. Il est fuyant, semble prendre tout à la légère, même le pire. Si les gens rient autant, ce n'est pas parce qu'ils pensent que c'est drôle, mais c'est leur façon de réagir face à une attitude si déconcertante. Il a réussi à capter l'absurdité d'un tel comportement avec une grande finesse.

 

La phrase qui résume le mieux son fonctionnement est celle où il dit à son fils : ' Ne fais rien que je ne ferais pas '. Une phrase a priori banale qui prend ici une connotation bien différente...

Je suis presque certain qu'elle est née sur le tournage. Nous avions l'intuition que cette scène était primordiale et cette phrase est venue après plusieurs essais infructueux. Je ne me souviens plus lequel de nous deux a eu cette idée. C'est probablement Sean, il a fait d'excellentes improvisations dans un grand nombre de scènes. Des petits riens qui en disaient beaucoup sur la psychologie de Cleek. Ça me fait plaisir que cette scène vous ait marqué. Elle fonctionne bien car le spectateur sait ce qui vient de se passer et connait le potentiel de ce qui est sur le point d'arriver.

 


 

Si les scènes finales sont assez gore, ce qui est le plus violent c'est l'agression faite aux femmes, car elles ne peuvent s'exprimer ni auprès du père de famille ni à l'extérieur de leur maison

Lors de projections publiques, des femmes sont venues me voir et m'ont dit que j'avais réussi à transmettre ce que l'on ressent face à cette impossibilité de s'exprimer sur ce que l'on vit dans la sphère privée. J'ai discuté avec des victimes de violences conjugales et qui avaient cette sensation de ne pas pouvoir se libérer, d'être constamment enfermées. Vous êtes dans une telle prison mentale que même lorsque vous sortez pour faire des courses, aller à l'école, vous ne pouvez pas en parler. Les conséquences pourraient être terribles. C'est comme une prison à ciel ouvert.

 


 

C'est d'ailleurs un élément majeur du film, ce choix de montrer que l'horreur a lieu en plein jour et pas dans le noir, comme c'est souvent le cas

On ne me parle pas souvent de cet aspect, c'est important pour moi. Le choix de la musique repose sur cette même idée de déjouer les attentes. Il serait facile de raconter cette histoire dans la pénombre, à grands renforts de violons, de faire du bruit pour faire naître quelques petites frayeurs faciles. Mais je trouve cela plus effrayant de faire ressentir cette même terreur rien qu'avec une famille d'apparence normale réunie autour d'une table. On peut se sentir d'autant plus concernés par une telle situation, s'il ne s'agit pas de quelque monstre qui erre dans les bois, mais plutôt de votre père, de votre mère, de votre frère ou de votre soeur. J'espère que cela va également faire trembler ceux qui verront le film.

 


 

Les compositions de Sean Spillane révèlent des choses qui ne peuvent être exprimées par des mots. À chaque évolution importante du scénario, on entend une chanson comme l'introduction d'un nouveau chapitre. Est-ce ainsi que vous souhaitiez faire progresser la narration ?

Absolument, oui. Pour moi la musique ne suit pas l'histoire, elle la complète. Elle dialogue avec le film, et rentre parfois en conflit avec le récit, tout en restant en symbiose. Tout le monde sait comment Kubrick ou Scorsese se servent de la musique dans leurs films. Ils ne se contentent pas d'illustrer les images avec quelque chose qui est déjà à l'écran. Sur le tournage, le compositeur était présent, voyait les rushes et pouvait réagir à ce que nous filmions. Ses thèmes se sont naturellement intégrés au film et nous avons su tout de suite quelles chansons étaient les plus justes quand nous avons commencé à les placer aux bons endroits. Pour certaines, je savais depuis longtemps où je voulais les placer, car j'ai eu quelques démos avant même de commencer à tourner. Dans la scène du viol, j'ai toujours su quelle chanson serait utilisée. Ou ce morceau rock lorsque Cleek découvre la femme sauvage. Même chose pour Distracted lorsque la famille découvre que cette femme vit chez eux et qu'ils reprennent alors le cours de leurs vies, comme en errance. Celles là, je savais où elles seraient , mais Sean créait de nouveaux morceaux en cours de route. Le plus important est de suivre son intime conviction par rapport aux émotions que l'on veut faire naître.

 


 

Vous ne soulignez pas ce qui arrive aux personnages de la mère et de la fille aînée, on comprend ce qui leur arrive par leurs regards, leurs silences qui en disent long, ou des allusions quasi invisibles dans les dialogues. Certains éléments du drame ne sont que discrètement évoqués.

C'est trop facile de tout expliquer ouvertement. On peut ressentir certaines choses, en entrapercevoir d'autres. Ce que le père a fait à la fille est presque évident, mais ceux qui ne l'ont vu qu'une fois se disent ' c'est vraiment arrivé, ou j'ai rêvé ? '. Ce n'est pas vraiment dit. Et je veux que les spectateurs en discutent, en débattent même, retournent le voir pour déceler les indices parsemés tout le long du film. Je ne veux pas tout leur livrer dès la première vision.

 

Il le dit presque explicitement lorsqu'il s'adresse à sa fille : ' tu es comme toutes les femmes... '

Oui, tout est là, mais souvent à la première vision, on me pose cette question et je leur réponds : ' retournez le voir ! '

 

La légèreté presque comique de la petite soeur, c'est venu de la comédienne ?

C'est venu un peu de nous deux. Je laisse les acteurs, que je choisis moi-même, libres de donner leurs propres interprétations. Je fais attention bien sur à ce qu'ils ne s'éloignent pas trop du canevas, mais en leur offrant une marge de liberté. C'est ainsi que des choses magiques peuvent naître. Des idées que je n'aurais jamais pu imaginer. Le plus important dans le cas de cette petite fille, c'est qu'il s'agit pour elle tout simplement du quotidien dans lequel elle grandit. Elle n'en a pas peur. Elle ne va pas encore à l'école, elle reste à la maison toute la journée, c'est son monde. Aucune peur chez elle, pour l'instant...

 

 

Vos histoires se déroulent toujours dans un cadre de film d'horreur, pensez-vous que le film de genre soit comme un leurre pour parler de la société d'aujourd'hui ?

Mes films sont certainement vendus comme des films d'horreur. Mais mon inspiration vient de bien d'autres genres. Et pas seulement ceux liés au domaine fantastique, comme le suspense. On trouve du drame, de la comédie absurde, même s'il n'y en a pas tant que cela dans  The Woman (2011), c'est plutôt de l'humour noir. Mes influences sont très variées. Je ne regarde quasiment plus de films d'horreur contemporain. Je préfère les bons vieux classiques. Des films des années 30, 40. Je passe un large pourcentage de mon temps dans ces années là. C'est une période que je regrette de ne pas avoir connu.

 

Le film noir partage cette possibilité de parler de la société sans en avoir l'air...

Oui, c'est vrai. Avec le film d'horreur, il est possible d'évoquer des sujets de fond sans faire un discours lénifiant. On peut montrer la part la plus sombre de la nature humaine. Les gens peuvent se sentir concernés par rapport à ce qui leur arrive dans leurs quotidiens. Mais c'est à eux de faire ce rapprochement, pas à moi. Je ne suis ni Oliver Stone ni Steven Spielberg qui vous dictent ce que vous devez ressentir sur tel ou tel sujet. C'est à eux d'exercer leur propre jugement.

 


 

George Romero est le président du jury du Festival de Strasbourg cette année [ Il donnera d'ailleurs son Grand Prix au film de Lucky Mc Kee ] ...

C'est incroyable ! Il a regardé mon film hier matin. C'est trop génial !

 

Qu'aimez-vous en particulier dans ses films ?

Une des choses que j'admire chez lui, et c'est ce que j'aime aussi chez Stanley Kubrick par exemple, c'est que le temps n'a pas eu d'emprise sur leur cinéma. Son style est unique et on reconnaît aisément son sens du montage, le registre de jeu de ses comédiens, ainsi que les thèmes abordés. Il ne suit pas les codes du moment. James Cameron dit que lorsqu'il tourne un film, il se laisse influencer par l'air du temps cinématographique, pour Spielberg c'est la même chose. Mais Kubrick a son style a lui, on reconnaît son goût pour les angles larges et dans chacun des ses films, on voit un personnage menton baissé qui fixe un point droit devant lui , avec la caméra juste au-dessus de sa ligne de vision. Je me suis autorisé à lui piquer ce truc pour mon film [ NDLA - le regard du fils sur la chanson Distracted, par exemple ].

Kubrick avait ses propres règles de mise en scène et c'est la même chose pour Romero, il a une signature unique. Qu'on aime son cinéma ou non, un film de George Romero est un film de George Romero. Et j'apprends toujours des choses en observant ses films, c'est quelque chose que j'apprécie également.

 

Certains films vous ont particulièrement influencé dans votre envie de devenir metteur en scène ?

Les films qui m'ont inspiré ? Cela change tous les jours. Quand j'étais gamin, c'était George Lucas. Je voulais faire des films comme La Guerre des Étoiles (1977)  et en entrant à l'école de cinéma, j'ai étudié des films venus du monde entier et je suis passé à Taxi Driver (1976) ou Répulsion (1965). Mes goûts évoluent régulièrement. À l'école, j'ai étudié Hitchcock plus que n'importe quel autre cinéaste et quand on me demande comment devenir réalisateur, j'ai souvent la même réponse : lire le Hitchcock / Truffaut et en parallèle, se plonger dans la vision de ses films. Le meilleur truc en fait, c'est de choisir un réalisateur que l'on aime et l'étudier à fond, ce qui consiste aussi à découvrir ce qu'il aimait et étudier ça en détail. En faisant ce travail, vous commencez à découvrir des choses personnelles, afin de tracer votre propre voie.

 

Avez-vous une affection particulière pour un cinéaste dont vous avez l'impression que son oeuvre n'est pas reconnue à son juste niveau ?

Je dirais Richard Fleischer. Plus personne ne parle de lui. C'est pourtant un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. C'est Tobe Hooper qui me l'a fait découvrir. Il m'a dit : ' Lucky, il faut que tu vois L Étrangleur de Boston (1968). Je l'ai regardé et quelques mois plus tard, j'avais vu entre vingt et trente de ses longs-métrages. Il avait une grande flexibilité dans les genres qu'il abordait. Sa filmographie est impressionnante.

 


 

La Cinémathèque lui a rendu un hommage il y a quelques années...

Vous êtes vraiment en avance sur nous. À l'école de cinéma, personne ne nous a jamais conseillé de voir un film de Powell et Pressburger. On n'a jamais eu de cours sur eux ! Leurs films ont la richesse des plus grands romans. Le soin accordé aux détails, leur inventivité... On ne parle pas assez d'eux, je connais beaucoup de réalisateurs qui n'ont jamais vu un seul de leurs films. C'est vraiment déprimant. Leurs films doivent être préservés, il y a tellement de choses à apprendre d'eux, de The Small Back Room à Une question de vie ou de mort (1946) [ A Matter of life and death ] en passant par Colonel Blimp (1943), Le Narcisse noir (1947) [ Black Narcissus ] ou Le Voyeur (1960) [ Peeping Tom ]. Ce sont de vrais films, et c'est ce que je préfère voir.

 


 

Pour finir l'entretien sur une note légère, j'ai l'impression que l'aspect le plus autobiographique du film est la façon dont le fils et la plus jeune soeur mangent leurs cookies. Lequel de ces personnages est le plus proche de vous et lequel est le plus proche de Ketchum sur ce sujet ?

C'est venu comme une blague en fait. Je répétais à Jack Ketchum : ' il faut mordre la tête en premier, c'est ce que font tous les gamins '. La façon dont Zach Rand ( Brian Cleek ) casse son gâteau, d'un coup sec, geste qu'il commet devant la femme attachée, annonce ce qui va lui arriver. Voilà la blague.

 

Merci encore à Dark Star et à Lucie Mottier pour cet entretien effectué lors de cette première édition ( pour moi ) alors que la nouvelle ( ma troisième ) commence ce vendredi 13 septembre...






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