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24/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 156 fois    

Max en convalescence  

Max en convalescence tout comme Les débuts de Max au cinéma a un caractère autobiographique. Victime d'un accident pendant un tournage (éventration à la suite d'un saut acrobatique en patin à roulettes au Théâtre de la Cigale), Max Linder dût subir une opération et s'arrêter plusieurs mois en 1911 durant lesquels il effectua sa convalescence auprès de sa famille dans le bordelais.

L'influence des frères Lumière est bien repérable. Le début est un quasi copier-coller de L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat. Sauf que nous ne sommes pas dans le sud-est mais dans le sud-ouest, à Saint-Loubès précisément. Max est accueilli par sa sœur Marcelle et tous deux se rendent dans la maison de leurs parents Jean et Suzanne Leuvielle (le véritable nom de Max Linder étant Gabriel Leuvielle). Le décor champêtre semble idéal pour se reposer. Mais c'est sans compter sur l'animosité d'un poney qui prend un malin plaisir à tourmenter le pauvre Max, l'arrosant, le faisant tomber de sa chaise et finalement le précipitant dans le canal. Seul le chien fidèle de la famille viendra à son secours.

Max Linder met en scène beaucoup d'animaux dans ses films. Soit en tant qu'alliés, soit en tant qu'ennemis. On peut tout à fait interpréter cette omniprésence comme une représentation des pulsions refoulées. Pulsion de vie avec le chien et pulsion de mort avec le poney. Le caractère autodestructeur de Max Linder n'avait pas encore pris le dessus mais il s'exprimait déjà dans ce film qui montre également qu'en dépit de l'apparente sérénité familiale, Max s'était isolé avec une existence de saltimbanque très éloignée des valeurs bourgeoises de celle-ci. La fin en forme d'engloutissement préfigure l'oubli de Max dans sa propre famille, l'enterrement honteux de ses films dans le jardin, une omerta que sa fille mettra des dizaines d'années à briser.
image de Max en convalescence
Vu le 23/05/2017   Tous les avis     tweet  
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23/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 21 fois    

A voix haute  

Retournant comme un gant les clichés négatifs attachés aux banlieues populaires/cités/"quartiers" (barrer les mentions inutiles) véhiculés dans les médias et le monde politique, le documentaire nous montre que la France a un incroyable talent: sa jeunesse cosmopolite. A condition de lui donner la parole.

C'est exactement l'objet du concours Eloquentia qui consiste à élire le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis. Le documentaire braque les projecteurs sur une douzaine de candidats étudiant à l'université de Paris VIII. Il montre leur préparation sous la houlette de professionnels chevronnés (avocat, compositeur de slam, metteur en scène...) puis les différentes étapes du concours. On peut déplorer cet aspect de sélection-compétition retenu au nom de l'efficacité dramaturgique car il singe les pires aspects de la téléréalité, jury de stars compris. Or ce qui compte n'est pas le but, mais le chemin, filmé à plusieurs reprises.

Les portraits intimistes de quelque uns des candidats sont l'aspect le plus intéressant du film. Leila, hyper élégante et lettrée déconstruit les stéréotypes liés à la femme voilée , Elhadj évoque la période où il était SDF comme le déclencheur de sa prise de conscience de la parole comme arme de défense et Eddy fait 6 heures de trajet par jour (dont 20 km à pied) pour faire ses études. Ces jeunes métissés (deux des trois sont issus de couples mixtes) évoquent leurs origines comme une force et une richesse. De quoi apporter de l'eau au moulin d'une évolution nécessaire des représentations de cette jeunesse dont la méconnaissance nourrit les peurs et les fantasmes les plus mortifères. La scène finale dans le Palais de justice sous les ors de la République souligne l'enjeu essentiel de leur intégration. C'est là que réside le trésor de la France et son avenir.
image de A voix haute
Vu le 23/05/2017   Tous les avis     tweet  
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22/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 359 fois    

Les débuts de Max au cinéma  

Max se rend chez les frères Pathé pour obtenir son premier rôle au cinéma, recommandé par un ami du théâtre de l'Ambigu Comique où il se produisait tous les soirs. Il y a donc une mise en abyme autobiographique savoureuse autour des vicissitudes du métier d'acteur: on le promène de bureau en bureau, il est giflé, défenestré, bombardé de meubles, jeté et roulé à terre, arrosé... Et à la fin on lui demande de remercier gentiment la caméra ce qui le fait exploser et s'en prendre au réalisateur (Lucien Nonguet).

Le titre est cependant trompeur. Ce n'est pas le premier film que Max Linder a tourné pour les frères Pathé. Il a commencé en effet cinq ans auparavant mais la plupart des films dans lesquels il a joué entre 1905 et 1910 (au rythme de un par jour!) sont semblent-ils perdus. On ne sait d'ailleurs pas exactement combien il en a tourné soit en tant qu'acteur sous la direction d'un des réalisateurs maison (Gasnier, Monca, Nonguet, Zecca etc.) soit en tant que réalisateur. On sait juste que c'est durant cette période qu'il a inventé son personnage de "Max", jeune dandy raffiné et séducteur à moustache fine et chapeau haut-de-forme.

L'art cinématographique n'en étant qu'à ses débuts, on ne sera pas surpris de l'abondance de plans basiques larges et fixes où l'on filme les décors de cinéma comme s'il s'agissait d'une scène de théâtre. Tout au plus remarque-t-on un léger raccord au moment de la bagarre de rue.

image de Les débuts de Max au cinéma
Vu le 22/05/2017   Tous les avis     tweet  
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22/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 366 fois    

Max prend un bain  

Tourné en 1911, Max prend un bain est une comédie de mœurs assez tordante. A cause de ses tics nerveux, le docteur "Saimelamort" recommande à Max de prendre des bains froid une heure par jour. Mais en 1911, les appartements même bourgeois sont dépourvus de salle de bains et d'eau courante. Voilà donc ce pauvre Max contraint de prendre son bain sur le palier en espérant n'être vu de personne. Evidemment il n'en est rien et le jeune homme déclenche un joli scandale pour "atteinte à la pudeur". La baignoire devient une sorte de chaise à porteurs lorsqu'elle est expédiée avec son propriétaire jusqu'au commissariat. Puis après avoir vidé son contenu sur les policiers, Max s'enfuit en se cachant dessous, la transformant en baignoire-tortue à pattes. Pour finir il s'en sert comme projectile contre les policiers lancés à sa poursuite. L'absence de son costume daté fait encore plus ressortir la modernité du jeu de Max Linder, sa simplicité et son naturel. Il apparaît incroyablement vivant et proche de nous, plus de 100 ans après le tournage du film.

Bien que l'on trouve une majorité de plans larges et fixes, on observe aussi quelques innovations: l'insert d'un gros plan en plongée quand Max se cache sous l'eau pour tenter de ne pas être vu de ses voisins et une plongée verticale sur un sol peint en trompe-l'oeil pour faire croire qu'il s'agit d'un mur.
image de Max prend un bain
Vu le 22/05/2017   Tous les avis     tweet  
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21/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 113 fois    

Dernières nouvelles du Cosmos  

Grandeur et misère de l'humanité se côtoient dans ce documentaire brouillon et pâlot dans sa forme mais "filmo-magnétisé" par son sujet, l'énigme que pose aux humains dits normaux (en langage autiste "neurotypiques") Hélène Nicolas/Babouillec.

Hélène Nicolas est une jeune femme autiste de 30 ans qui en paraît 18 (caractéristique que l'on retrouve fréquemment dans cette population). Elle fait terriblement penser à ceux qui sont atteint du "locked-in syndrome". Elle a été longtemps murée dans son corps lourdement handicapé. Son langage oral est à ce jour presque totalement inarticulé, elle bave, sa motricité est très défaillante. Elle a le plus grand mal à se servir de ses mains dont elle semble avoir saisi récemment l'existence. Il en est de même de ses pieds. Elle ne peut se coiffer seule ni tenir un stylo. Mais en dépit de cette enveloppe déficiente et son caractère indéchiffrable, sa mère finit par réussir à se frayer un chemin jusqu'à Babouillec, l'esprit d'Hélène Nicolas. L'interface résidant dans de petites lettres cartonnées et plastifiées qu'Hélène attrape maladroitement avec ses doigts pour les agencer sur une feuille de papier. On découvre alors non seulement qu'elle sait lire et écrire sans jamais l'avoir appris faute d'avoir été acceptée à l'école mais qu'elle a une maîtrise vertigineuse de la langue au service de textes fulgurants. Des mathématiciens, des philosophes, des metteurs en scène de théâtre se pressent à son chevet, fascinés par la richesse et le caractère visionnaire et poétique de ses textes en prise directe avec l'élément cosmique. Car si le corps d'Hélène est limité et pataud, son esprit lui est infiniment plus libre et ouvert que le nôtre, racorni et borné par les normes sociales. De plus seule la partie agissante du corps est handicapée, la sensibilité est plus aiguisée que la normale (tout comme ses capacités intellectuelles) ce qui lui permet d'avoir une connexion exceptionnelle avec l'intériorité des êtres et du monde qui l'entoure. "Je suis télépathe et iconoclaste." "En libre raconteuse d'histoires, le cosmos nourrit mes voyages."

Hélène pose un véritable défi à la société qui avec ses normes et ses bornes stupides ne l'a jamais intégrée, ne s'est jamais occupé d'elle et n'a jamais cherché à la connaître. " Être ou ne pas être, là est la question. Dire merde à ceux qui croient savoir, là est la réponse." Nous avons en effet encore beaucoup de chemin à parcourir avant de progresser dans la voie de l'accouchement de nous-mêmes. Et cela passe par l'écoute et non l'étouffement des différences: " Les minorités sont comme les étoiles dans le ciel, elles font briller le noir." Sans Hélène, le documentaire n'aurait aucun intérêt mais il est dommage que la réalisatrice et les metteurs en scène soient si peu inspirés. On imagine ce qu'Hélène aurait pu en faire si c'est elle qui avait pu tenir la caméra ou mettre en scène ses propres pièces.

image de Dernières nouvelles du Cosmos
Vu le 20/05/2017   Tous les avis     tweet  
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21/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 653 fois    

L'Inconnu  

Lon Chaney a tourné 10 films avec Tod Browning. Les deux hommes étaient passés par le cirque et Chaney, "l'homme aux mille visages" et au corps tout aussi métamorphe répondait à la fascination que Browning éprouvait pour la monstruosité humaine. Chez Browning nul artifice, nul trucage mais de vrais corps dans tous leurs états. Chaney pouvait jouer toutes les difformités, accomplir toutes les métamorphoses, du bossu au ventriloque en passant comme ici par le bandit manchot.

L'inconnu peut être lu d'une manière psychanalytique tant il déborde de symboles sexuels. Une sexualité traumatique, mutilée, mortifère. Alonzo (Lon Chaney) est un lanceur de couteaux privé de bras. La métaphore de la virilité et de sa négation. Conflit en vue. Une tension sexuelle s'installe dès la première scène avec sa partenaire, la belle Nanon (Joan Crawford). Les couteaux viennent se planter tout autour d'elle, la déshabillant au passage. Mais cet érotisme se mâtine d'un certain malaise car Alonzo utilise ses pieds ce qui déforme son apparence. Et il est le seul homme que Nanon peut approcher car elle ne supporte pas le contact des mains masculines. Autrement dit, elle l'aime parce qu'il est impuissant. Les mains masculines sont une métaphore du viol incestueux. En effet le directeur du cirque, Antonio Zanzi (Nick de Ruiz) qui est le père de Nanon s'avère être intrusif et castrateur.

Ce que Nanon ignore, c'est la véritable identité d'Alonzo. Celui-ci s'est composé un personnage d'impotent pour tromper la police autant que pour lui plaire. En réalité il est exactement l'inverse de ce qu'il paraît. Un dangereux criminel en pleine possession de ses moyens. Non seulement il a des bras et des mains mais il en a même trop puisqu'il a deux pouces. Il rêve de posséder Nanon en éliminant ses rivaux. Sa folle passion se mue en rage meurtrière et autodestructrice. Il étrangle son père et tente de tuer son fiancé Malabar (Norman Kerry) lors d'une scène d'écartèlement vraiment terrifiante où l'homme fort manque se faire symboliquement castrer. Mais Alonzo ne réussit pas car il a cédé à une fatale contradiction. Pour que Nanon ne découvre pas son imposture, il s'est réellement fait couper les bras, tuant au passage tous les témoins de l'opération (une scène du film disparue à jamais qui accentuait encore sa folie meurtrière). Mais en se faisant amputer il se prive aussi de toute possibilité réelle de se rapprocher de celle qu'il aime. Ce qu'il découvre lors d'une scène saisissante où il passe de l'éclat de rire au rictus de haine en un éclair. Dès lors, il est condamné.
image de L'Inconnu
Vu le 21/05/2017   Tous les avis     tweet  
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20/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 359 fois    

Freaks/La Monstrueuse parade  

C'est l'humanité de Freaks qui le rendit jadis insoutenable et qui aujourd'hui encore en fait un film à part. Peu d'œuvres osent ainsi fouiller aussi loin dans les bas-fonds de l'âme humaine et s'approcher aussi près des corps et des esprits les plus difformes et les plus handicapés que la nature puisse produire. L'attraction-répulsion que provoque ces êtres est mise en abyme dans le film. D'abord dans la première scène où des spectateurs-voyeurs se pressent à la foire pour voir l'un de ces monstres et entendre son histoire. Un monstre qui ne nous est montré qu'à la fin et dont l'aspect fantastique interroge. Entre les deux scènes en effet, un flashback nous raconte comment et pourquoi Cléopâtre (Olga Baclanova) a subi cette terrifiante métamorphose extérieure. On découvre en effet que la belle trapéziste est déjà un monstre à l'intérieur d'elle-même tout comme son amant Hercules (Henry Victor). Mais elle ne veut pas reconnaître, elle ne veut pas voir, elle ne veut pas savoir qu'elle est entourée de freaks parce qu'elle est un "freak" elle aussi. La scène du repas de noces où après s'être copieusement moquée d'eux, le visage (déjà) déformé par la méchanceté, elle leur jette à la figure la coupe dans laquelle ils ont tous communiés au cri de "tu es des nôtres" est un terrible miroir qui nous est tendu. Car la manière sensible et pudique dont les êtres difformes et handicapés sont filmés met particulièrement bien en exergue leurs similitudes avec les êtres humains dits normaux. On les voit vaquer à leurs activités quotidiennes, faire leur lit, boire, manger, fumer, allumer une cigarette, étendre du linge, jouer, se fiancer, accoucher. On les voit souffrir, aimer, rire, pleurer, vibrer, haïr aussi avec une terrible scène de vengeance collective à la fin. "En offenser un, c'est les offenser tous." Le film nous fait comprendre qu'en "offenser un c'est NOUS offenser tous" car détruire les différences visibles c'est également détruire ce qui nous constitue en tant qu'humain. Terrible prémonition alors que le film est sorti en 1932 soit seulement 7 ans avant la mise en place du programme eugéniste T4 d'extermination des handicapés physiques et mentaux dans l'Allemagne nazie.

Freaks a eu une influence considérable sur Tim Burton et David Lynch en particulier, Elephant Man s'inscrivant clairement dans la même lignée que le film fondateur de Tod Browning.
image de Freaks/La Monstrueuse parade
Vu le 19/05/2017   Tous les avis     tweet  
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19/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 449 fois    

Charlot débute au cinéma  

"His new job" est le premier film que Chaplin a tourné pour la Essanay d'où un titre qui peut être perçu comme une allusion au début de son nouveau contrat. Mais ce n'est pas le premier de ses films qui a pour cadre un studio de cinéma. Il en avait déjà tourné deux pour la Keystone: "Charlot fait du ciné" ("A film Johnnie") et "Charlot grande coquette" ("The Masquerader"). Dans "His new job", Chaplin y fait d'ailleurs allusion en nommant les studios fictifs dans lesquels il joue studios "Lockstone"! Ces films reflètent les premiers pas de Chaplin autant qu'ils nous renseignent sur l'époque pionnière du cinéma à Hollywood. On y voit apparaître Ben Turpin et même Gloria Swanson dans un petit rôle.

"His new job" n'est pas le meilleur court-métrage de Chaplin. Il se traîne en longueur et donc manque de rythme. De plus il utilise par moments des gags éculés de type slapstick (coups de marteau, gifles, coups de pied et de sabre aux fesses, porte dans la figure...) Mais il montre aussi un Charlot gaffeur, élément perturbateur dans un scénario trop bien huilé, semant la zizanie devant et derrière la caméra (et en plus il sort indemne de toutes les situations compromettantes, les apparences donnant tort à ses partenaires!) Un Charlot prolétaire assez brut de décoffrage, impoli voire brutal comme dans les premiers films de la Keystone. Mais voilà qu'il se permet d'entrer sans autorisation dans la loge de la star du film et revêt son uniforme (l'usurpation d'identité est au cœur des films de Chaplin). A ce moment là seulement et pour un bref moment, l'autre Charlot/Chaplin se fait jour, le gentleman distingué et sentimental qui s'épanouira dans ses films ultérieurs. Oui Chaplin est double et même un film aussi imparfait que celui-là en porte la marque.
image de Charlot débute au cinéma
Vu le 19/05/2017   Tous les avis     tweet  
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17/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 143 fois    

Cars : 4 roues  

Cars est un Pixar sous-évalué en France à cause de sa culture "américano-centrée" à commencer par ses personnages, des automobiles humanisées. Des a-priori complètement stupides (et c'est une personne qui déteste les automobiles qui l'affirme). Outre sa qualité technique irréprochable, Cars comme la majorité des films des studios Pixar possède un scénario absolument remarquable, bien plus étoffé et subtil qu'un énième récit d'apprentissage pour enfants destiné à passer le temps.

C'est justement de temps dont il est question dans Cars. Deux temps, deux espace temps. L'introduction nous plonge avec un dynamisme et une efficacité qui devrait être enseignée dans toutes les écoles spécialisées au beau milieu d'une course automobile comme métaphore de la société américaine actuelle et par extension de la mondialisation libérale. Culte de la vitesse, absence de vision à long-terme, compétition acharnée pour être le premier dans un monde se divisant entre winner et loosers, podium offrant trois profils typiques (le ponte indéboulonnable soutenu par une écurie de sponsoring que tout le monde rêve d'intégrer, l'éternel second frustré et revanchard prêt à tous les coups bas et le jeune rookie ambitieux), marchandising effréné, médias omniprésents... La suite ne fait que peaufiner la critique de l'individualisme, de l'argent roi et de la société de consommation. Harv, l'agent de Flash McQueen se réduit à une calculatrice dont la jovialité est démentie par de petites phrases bien assassines ("quelle course mon vieux! Bon je ne l'ai pas vue mais on m'a dit que tu t'es surpassé"; "Je regrette presque de te prendre 10% de tous tes gains, produits dérivés, droits d'exploitation"; "Tu te passes très bien de moi. Non je rigole, t'as signé de toutes façons". McQueen lui-même est un orgueilleux qui refuse d'écouter les conseils, cabotine à mort devant les projecteurs oups, un "one-man-show" qui "travaille en solo", méprise les pit stoppers qu'il appelle "machin", a honte de son sponsor tout pourri, la marque Rust-eze (excellente satire des produits cosmétiques censés rendre la jeunesse/dérouiller les vieux tacots) et rêve d'atteindre les sommets de la gloire et de la toute-puissance.

Mais à force d'être trop pressé, McQueen se retrouve largué à Ploucville, au milieu de la cambrouse, condamné à accomplir des travaux d'intérêt général pour réparer la route que son comportement de chauffard a dévasté. Une ville morte située au milieu du désert et où le temps s'est arrêté. Il bascule alors dans le passé oublié du rêve américain symbolisé par les Ford T Stanley et Lizzie fondateurs de la ville et la mythique route 66, dévitalisée, abandonnée par la construction en parallèle d'une autoroute en ligne droite "Il y a 40 ans, on roulait de façon différente. La route épousait le paysage. Elle montait, descendait, serpentait, elle ne coupait pas à travers les terres pour gagner 10 minutes." Et de mesurer le temps perdu non en quantité mais en qualité "On ne cherchait pas à gagner du temps. On cherchait à prendre du bon temps."

C'est alors que la société altermondialiste se fait jour, puisant paradoxalement dans les racines de l'histoire des USA. Une société de la lenteur, de la contemplation, des émotions, de l'anti-consumérisme (le décor de montagnes en arrière-plan de Radiator Springs fait allusion à une œuvre d'art contestataire bien réelle le "Cadillac Ranch" où 10 épaves de Cadillac sont alignées dans le désert) du travail bien fait et de l'écologie avec pour emblème Fillmore le van Volkswagen hippie adepte de Hendrix et accessoirement vendeur de carburant bio. Fillmore qui tempère l'Amérique réac profonde symbolisée par le sergent. Radiator springs s'avère être un refuge pour tous les cabossés-rebuts de la société dominante qu'ils soient immigrés (Luigi et Guido, Ramone et Flo), inadaptés (Red), trop vieux (le shérif), simples d'esprit (Martin) ou désabusés (Sally l'ancienne avocate et Hudson Hornet l'ancien champion), tous sont partis se ressourcer (et soigner leurs blessures) au "vert" (enfin plutôt au "rouge" du désert).
image de Cars : 4 roues
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17/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 567 fois    

Max veut divorcer  

Max Linder a tenté par deux fois de faire du cinéma aux Etats-Unis. Avant de réaliser ses longs métrages indépendants, il a été embauché en 1916 par la Essanay qui souhaitait trouver un remplaçant à Chaplin qui venait de les quitter. Hélas l'aventure tourna court (les raisons ne sont pas claires: problème de santé ou manque de succès). Sur les 12 films prévus, il n'en tourna finalement que 3 dont 2 sont parvenus jusqu'à nous. Max veut divorcer est l'un de ces deux films, l'autre étant Max et son taxi.

L'intrigue de Max veut divorcer est assez sordide puisqu'il s'agit d'organiser un flagrant délit d'adultère pour divorcer et toucher un héritage avec la complicité de l'épouse mais le film est sauvé du mauvais goût par son grain de folie. En effet dans la pièce qui jouxte celle où Max reçoit sa pseudo-maîtresse un psychiatre reçoit lui des fous furieux plus hauts en couleur les uns que les autres, entassés dans une pièce qui finira par déborder et emporter tout le monde dans un délire contagieux.
image de Max veut divorcer
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15/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 818 fois    

L'Étroit mousquetaire  

Des trois long-métrages qu'il tourna aux USA, Max Linder considérait que "l'Etroit mousquetaire" était son plus réussi et même le meilleur film de sa carrière. En effet c'est un petit bijou qui en prime est un film pionnier en tant que pastiche de romans historiques, chevaleresques ou de cape et d'épée très connus. Le film "Les trois mousquetaires" de Fred Niblo sorti exactement un an auparavant avec Douglas Fairbanks avait été un énorme succès. Max Linder propose de réaliser "l'envers" de ce film, son double parodique "The Three Must-Get-There". Ce qui est d'une logique implacable au vu de ses précédents films où la figure du double faisait surface à un moment ou à un autre, à travers le faux reflet d'un miroir par exemple.

C'est selon cette logique du reflet inversé passé au révélateur que les personnages du roman de Dumas sont renommés: Pauvre-lieu au lieu de Richelieu, Roquefort au lieu de Rochefort, Bouc qui Gagne au lieu de Buckingham, Ananas d'Autriche au lieu d'Anne d'Autriche, Bonne-aux-Fieux au lieu de Bonacieux (Connie en VO) et Lindertagnan au lieu de l'Artagnan.

Il souffle un vent de liberté dans ce film qui frappe par son énergie débridée et la richesse de ses trouvailles plus décalées voire surréalistes les unes que les autres. Linder réalise des cascades et acrobaties étourdissantes n'hésitant pas à transformer à l'occasion le film de cape et épée en spectacle de cirque ou en film de guerre. Il multiplie les anachronismes, à commencer par l'essayage de son costume où il s'auto-cite en revêtant brièvement un chapeau haut-de-forme. On voit également se succéder les poteaux et lignes électriques de la campagne de Gascogne, l'orchestre de jazz d'Ananas, une voiture à pneus et à porteurs, des téléphones, une moto, des allusions aux taxis, agences immobilières, traiteurs... Il cache souvent une partie de l'image pour créer une illusion de normalité et de logique qui devient nonsensique lorsqu'il la révèle en totalité. Il en est ainsi par exemple de la voile d'un bateau...qui surmonte son cheval avec lequel il traverse la Manche. Les noix de coco de "Monty Python, Sacré Graal" ne sont pas loin et on ne sera pas surpris d'apprendre que "L'Etroit Mousquetaire" a été une source d'inspiration directe pour ce qui s'avère être l'une des plus célèbres comédies parodiant une légende historique.
image de L'Étroit mousquetaire
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14/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 745 fois    

7 Ans de malheur  

10 ans avant l'émergence des grands noms du cinéma burlesque américain, Max Linder invente le genre au cinéma, d'abord en France puis aux Etats-Unis. 7 ans de malheur est le premier des trois longs-métrage qu'il a tourné aux USA au début des années 20. C'est le seul des trois qui nous est parvenu sans altération ou mutilation majeure. Hélas, Max Linder est depuis tombé dans l'oubli et ce n'est qu'aujourd'hui qu'un lent et patient travail de restauration nous permet de le redécouvrir et de lui redonner sa place au panthéon du cinéma mondial.

Une superstition affirme que briser un miroir est de très mauvais augure: cela apporte 7 ans de malheur. Or le film commence par Max enterrant joyeusement sa vie de garçon. Une soirée très arrosée qui lui fait perdre tous ses repères. Lorsqu'il rentre chez lui passablement éméché, il confond le mur où se trouve son armoire avec celui d'en face où se trouve la fenêtre ce qui lui fait commettre bévue sur bévue. En bref, il est prêt à passer de l'autre côté du miroir où il a pu mirer un autre moi parfaitement symétrique et synchrone pendant de longues minutes. Une scène célèbre qui a directement inspirée celle de Soupe au canard où les Marx Brothers interrogent leurs rapports fraternels. Chez Linder, conjurer le sort du miroir cassé, c'est devenir cet autre moi social, animal et même racial qui se cache derrière le costume du dandy. La suite du film est un immense jeu mené à 100 à l'heure où Max entre deux courses-poursuites pratique avec maestria l'art de la dissimulation et du déguisement pour berner les autorités quand il ne rentre pas se réfugier dans une cage aux fauves, lesquels s'avèrent être ses meilleurs amis (la scène inspirera directement Chaplin pour le Cirque). Le dénouement qui se déroule 7 ans plus tard nous prouve que le sort est effectivement conjuré: Max et sa femme filent le parfait amour en compagnie de leurs 7 enfants et autant de chiens. Le 7 n'est plus un symbole de malheur mais d'harmonie cosmique et cyclique qui renvoie à la première image du film, une plongée sur une table circulaire qui évoque un mandala.
image de 7 Ans de malheur
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13/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 258 fois    

Ce jour-la  

Film complètement délirant, décalé et surréaliste aux multiples niveaux de lecture, Ce jour là est une comédie macabre pleine de loufoquerie, d'inquiétante étrangeté et de poésie avec un arrière-plan politique.

Il y a du conte dans cette histoire. Elsa Zylberstein (Livia) fait penser à Blanche-Neige et les fous qui croisent sa route, aux sept nains. Ça tombe bien, comme elle est folle elle aussi, ils peuvent se comprendre. Si bien que lorsque le commanditaire du crime donne la pomme empoisonnée à l'un de ces fous furieux, Emil Pointpoirot, et l'envoie chez elle, il devient tout naturellement son prince charmant. Un drôle de chevalier servant cet Emil sans accent et sans e à qui Bernard Giraudeau prête sa douceur et sa fureur. Un tueur au comportement infantile qui lorsqu'il voit quelqu'un mourir devant lui s'exclame "Ça, c'est pas moi!" ou bien "Je n'y suis pour rien". Un tueur diabétique guéri par l'amour ou plutôt touché par la grâce. Car Livia croit aux anges et aux sciences occultes si bien que le combat du bien contre le mal devient celui du ciel contre les ténèbres. D'un côté dieu "qui décide" et de l'autre le diable avec en arbitre Emil, l'archange déchu luciférien à moins que ce ne soit son frère (ne vient-il pas de l'asile "San Michele"?) qui interprète au piano l'Ave Maria chanté par Livia que son innocence protège de la corruption du monde même lorsqu'elle porte une robe tachée de sang.

Mais qui en veut ainsi à cette noble princesse un peu/beaucoup perchée? Au lieu d'un miroir c'est tout un marigot social et politique qui en est responsable. Il apparaît très vite que Livia vit au milieu d'un panier de crabes bourgeois et qu'elle a été condamnée à mort par son propre père Harald (Michel Piccoli) avec le reste de la famille pour complice. Ce qui donne lieu à un jeu de massacre assez jubilatoire façon Chabrol où des acteurs typés comme Edith Scob (qui joue Léone la marâtre de Livia) ou Rufus (qui joue Hubus son oncle dont le prénom vient selon Livia de son genou qu'il faut entendre ainsi "je [dans le] nous" ou "je noue" histoire de souligner l'imbroglio familial) s'en donnent à cœur joie. Le motif est une sombre histoire d'héritage autour d'un marque à succès le "Sal Sox" un alicament miracle, si sombre qu'il s'avère d'ailleurs que la famille est elle-même manipulée par l'Etat suisse et ses sbires corrompus (Ce jour là se présente comme une "comédie helvétique" avec un gros coffre-fort en jeu!) Mais heureusement il y a aussi ceux qui restent intègres comme Treffle (Jean-François Balmer) qui face à son collaborateur et criminel de frère Warff (Féodor Atkine) dit qu'il ne sert que "Mademoiselle" (et non l'Etat). Et puis il y a les inénarrables flics Raufer et Ritter (Jean-Luc Bideau et Christian VADIM) qui choisissent "de ne rien faire". Une résistance passive aussi hilarante qu'absurde qui leur permet de cueillir Warff comme une fleur.



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12/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 621 fois    

Soyez ma femme  

Il en est du cinéma burlesque comme du cinéma tout court: il a été popularisé par les américains (natifs ou d'adoption) mais il a été inventé par des français. Le premier film du genre est d'ailleurs un film des frères Lumière, L'arroseur arrosé. Max Linder que l'on peut considérer comme l'un des premiers grands maîtres du cinéma burlesque a influencé notamment Chaplin qui était le premier à reconnaître tout ce qu'il lui devait.

Soyez ma femme est le deuxième des trois long-métrages qu'il a réalisé aux Etats-Unis au début des années 20. Il ne fut longtemps accessible qu'à l'état de fragment. Sa restauration en 2011 permet de le voir aujourd'hui en intégralité et d'apprécier aussi bien le dynamisme que l'inventivité de Linder.

Linder joue beaucoup dans ce film sur le cinéma comme théâtre de l'illusion, les possibilités du septième art en plus. A l'aide de déguisements, d'ombres chinoises et de rideaux, il créé dans la première partie du film des séquences plus surprenantes et surréalistes les unes que les autres, se dédoublant littéralement lorsqu'il fait croire qu'un cambrioleur s'est introduit dans la maison de sa fiancée (le but étant de mettre en valeur son courage et par contraste, la lâcheté de son rival). La suite du film est un marivaudage qui se fonde sur une série de quiproquos avec notamment l'utilisation hilarante d'un mécanisme qui transforme un anodin salon d'essayage en pièce de rendez-vous galant. Le tout est frais, pétillant, extrêmement bien rythmé, plein de fantaisie. Le charme de Max, le jeune dandy interprété par Linder est irrésistible d'autant qu'il joue -comme Chaplin avec lequel il partage cette retranscription à l'écran de la complexité de la nature humaine- sur plusieurs registres. Comique bien entendu avec des effets cartoonesques (yeux exorbités, cheveux dressés sur la tête) mais également sentimental et séducteur. Max est à la fois un dandy, un homme du grand monde avec un costume et des manières impeccables et un gamin farceur qui joue comme il respire, avec le plus grand naturel comme si le monde de l'enfance ne l'avait jamais tout à fait quitté.
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11/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 509 fois    

Charlot joue Carmen  

Suite aux films "Carmen"  de Cecil B. DeMille et "Carmen" de Raoul Walsh tous deux sortis en 1915, Charlie Chaplin décida de faire sa propre adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée et de l'opéra de Bizet en parodiant la version de Cecil B. DeMille. Chaplin voulait faire un film en deux bobines, soit 30 minutes, mais les studios Essanay n'étaient pas d'accord. La version désirée par Chaplin sortit quand même le 18 décembre 1915, mais ce fut son dernier film pour la Essanay. Dès qu'il quitta les studios pour aller chez Mutual, ils s'empressèrent de tourner de nouvelles scènes avec Ben Turpin et de réintégrer des scènes écartées par Chaplin au montage. Au final ils obtinrent un film en 4 bobines de plus de 60 minutes qui ressortit le 22 avril 1916 et fut ensuite exploité dans cette version. Furieux, Chaplin qui n'avait pas été consulté intenta un procès contre Essanay, mais en vain. Il fallut attendre les années 1990 pour qu'une nouvelle version de 30 minutes proche de celle que voulait Chaplin voit le jour.

Le version reconstituée d'après les notes de tournage de Chaplin est assez inégale. Il y a des longueurs (même sur 30 minutes) mais aussi quelques passages burlesques très réussis comme le combat dans l'auberge et un final surprenant qui fait de cette version comique de "Carmen" le précurseur d'un film comme "La folie des grandeurs".
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10/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 433 fois    

Le Gouffre aux chimères  

Si vous croyez que le cirque médiatique, la télé-réalité exploitant les plus bas instincts de la nature humaine, la presse de caniveau faisant ses choux gras de la misère d'autrui ("une bonne nouvelle ce n'est pas une nouvelle") la diffamation et les fake news sont une nouveauté détrompez-vous. Le Gouffre aux chimères réalisé en 1951 par Billy Wilder en fait la démonstration éclatante.

Le film n'est pas une comédie, c'est une farce macabre, une satire grinçante et très sombre de la société américaine au temps des 30 glorieuses. Pas d'hommes dans ce désert du nouveau Mexique mais une chasse aux "crotales" et la montagne des sept "Vautours". Les crotales et les vautours se bousculent en effet pour alimenter ce "Grand carnaval" (titre alternatif du film). Le premier est le "héros" bien involontaire de cette mascarade, Léo Minosa, un pilleur de tombes indiennes situées dans une montagne sacrée qui à la suite d'un éboulement (une vengeance divine?) se retrouve coincé au fond d'un trou. Il accepte de se prêter naïvement au "jeu" sans le comprendre, le personnage se caractérisant autant par sa stupidité que par sa cupidité. Le deuxième est un journaliste local arriviste et suffisant qui ronge son frein depuis un an à Albuquerque, Charles Tatum (Kirk Douglas). Il voit dans cet événement tragique une occasion inespérée de redorer son CV terni par 11 licenciements de journaux prestigieux à cause de ses démêlés sentimentaux, de son alcoolisme et de ses "petits arrangements" avec la vérité et la morale. Léo devient pour lui une vache à lait ou pour reprendre le titre du film en VO "l'as dans le trou" ("Ace in the hole"). Pour cela il va mettre en scène un sauvetage spectaculaire, digne des meilleurs spectacles hollywoodiens quitte à s'arranger une fois de plus avec la vérité et la morale. Car pour alimenter le show et se réserver l'exclusivité du reportage, il réussit à corrompre l'entourage de Léo Minosa. L'épouse vénale de Léo, Lorraine qui rêve de quitter le trou perdu où l'a conduit son mariage accepte de jouer les épouses éplorées car le tiroir-caisse de son café-restaurant se remplit brusquement avec les centaines et centaines de rapaces qui viennent chaque jour par la route ou dans un train "spécial Léo Minosa" assister au spectacle. Les affaires sont bonnes à en juger par l'augmentation du prix du parking (25 cents au début puis 50 cents puis 1 dollar), l'installation d'une fête foraine sur place, de campeurs faisant de la publicité pour leurs activités, d'une tente de presse, de chansons à la gloire de Léo etc. Le tout étant supervisé par le shérif local, un homme véreux à qui Tatum a promis grâce à ses articles une réélection clé en main (le slogan s'affiche d'ailleurs à flanc de montagne) en échange du maintien des autres journalistes à distance. Plus grave encore, Tatum et le shérif empêchent les secours de sortir Léo par des moyens rapides, leur voracité n'ayant pas de limites.

Mais arrive un moment où la machine trop bien huilée s'enraye et échappe au contrôle de son instigateur. Celui-ci pour parfaire son "storytelling" n'envisage pas une autre fin qu'heureuse. Un film américain sans happy end, ce n'est pas vendeur. Mais on ne peut pas avoir le beurre (laisser un homme enterré vivant pendant sept jours) et l'argent du beurre (espérer qu'il s'en sortira). Alors Tatum devra payer son crime au prix fort (contrairement à ce que son acolyte affirmait plus tôt "on est la presse, on ne paie jamais") alors que l'on démonte le grand barnum et que l'on rend l'endroit à sa nature aride comme s'il ne s'était rien passé.

Je précise enfin qu'en dépit de sa férocité, le film n'est pas qu'une satire moraliste ou une caricature au vitriol. Il s'agit aussi d'une comédie humaine alimentée par son auteur (qui a été journaliste dans une autre vie). La rage et les frustrations de Tatum sont clairement montrées comme étant à l'origine de son comportement et l'interprétation de Kirk Douglas lui donne une vraie épaisseur. De même Wilder étudie les mécanismes psychologiques de la domination machiste à travers la relation brutale et trouble entre Tatum et Lorraine.
image de Le Gouffre aux chimères
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10/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 231 fois    

Delicatessen  

Charcuterie et poésie au menu tout est dit. Mais quel film, quelle pépite que ce premier long-métrage de Jeunet et Caro que je ne me lasse pas de voir et de revoir. C'est comme si Brazil de Terry Gillam avait rencontré Le Jour se lève de Marcel Carné dans les vignettes BD d'un Métal Hurlant. Et ce qui enchante c'est cette créativité débridée alliée à une précision millimétrée, le tout baignant dans une image aux teintes jaune-orangée signée Darius Khondji.

Nous sommes dans un univers rétrofuturiste situé quelque part entre la seconde guerre mondiale et un futur post apocalyptique. Une sorte de décor steampunk à la sauce Front populaire avec un panel de "gueules" d'ordinaire reléguées aux rôles de troisième couteaux mais qui ici dévorent l'image d'autant plus qu'elles sont filmées très souvent en courte focale. Toutes sont affublées de métiers surréalistes. C'est Jean-Claude Dreyfus le boucher spécialiste du découpage d'humains en rondelles, Ticky Holgado en M. Tapioca recycleur d'objets loufoques, Rufus en frère Kube fabricant de boîtes à meuh!, Howard Vernon en M.Potin éleveur d'escargots, le tordant couple bourgeois Interligator (Sylvie Laguna et Jean-François Perrier) dont l'épouse invente des dispositifs plus complexes les uns que les autres pour tenter de se suicider et enfin l'homme à tout faire en sursis, Louison (Dominique PINON) un ancien clown qui enchante tout ce qu'il touche à commencer par Julie (Marie-Laure Dougnac), la douce fille de l'ogre Dreyfus. A cet inventaire déjà fourni viennent s'ajouter les troglodistes, espèce de résistants végétariens vivants dans les égouts et leur pire ennemi, le facteur (Chick Ortega), un fasciste à grosses bottes et révolver mis KO par deux enfants farceurs (quelle belle idée!)

Le film est un quasi huis-clos, se concentrant sur sa micro-société répartie dans les différents étages de l'immeuble. Un immeuble qui est bien plus qu'un décor. Comme chez Terry Gillam, l'obsession pour les conduits et les tuyaux en fait un organisme vivant. De même que les nombreux objets qui grincent, couinent, crient en parfaite synchronisation. L'immeuble fonctionne comme une souricière mais il est si délabré qu'il suffit d'une salle de bains remplie d'eau (qui fait penser au Testament du Dr Mabuse de Fritz Lang) pour provoquer le déluge salvateur.
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09/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 553 fois    

Charlot au music-hall  

A night in the show est un film original parmi ceux que Chaplin a tourné pour la Essanay. Non par ses gags burlesques, très classiques (jet de tomates, tartes à la crème, chutes, arrosage général de l'assemblée à la lance à incendie) mais par le fait que Chaplin pour une fois ne joue pas son personnage de Vagabond. Il le remplace par un double rôle, deux facettes de sa personnalité qui apparaissaient déjà à la Keystone et qu'il reprendra dans nombre de ses films ultérieurs. D'un côté "M. Pest" (le fâcheux en VF) le dandy éméché caractériel qui sème la zizanie dans le parterre et les loges réservés aux riches ainsi que sur la scène et de l'autre "M. Rowdy" (le chahuteur en VF) l'ouvrier en salopette et chapeau rond encore plus ivre que M. Pest et qui sème la pagaille d'abord au balcon où il se trouve avec les pauvres puis dans les autres espaces du music-hall sans parler du fait qu'il manque tomber à chaque fois qu'il veut féliciter les artistes. L'absence de scénario ne pose pas de problème tant le film s'apparente à un jeu de massacre burlesque où chaque numéro est l'occasion d'une surenchère dans le défoulement. Et en renvoyant dos à dos son ouvrier malappris et son dandy infréquentable, Chaplin montre que derrière le vernis du smoking et du haut de forme, les pulsions et la grossièreté sont les mêmes lorsque l'alcool produit son effet désinhibant.
image de Charlot au music-hall
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08/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 215 fois    

Blade Runner  

La première réussite de Blade Runner, c'est l'œuvre dont elle s'inspire, le roman de SF Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? de Philip K. Dick sorti en 1966. Le film lui est d'ailleurs dédicacé, K. Dick ayant disparu peu avant sa sortie. Si le film par bien des aspects s'écarte du livre, il en conserve l'esprit. Dans les deux cas, nous sommes plongés dans une cité labyrinthique post-apocalyptique (San Francisco dans le livre, Los Angeles dans le film) où le vivant s'est considérablement raréfié à cause des radiations et de l'émigration sur d'autres planètes. Ceux qui restent sont des dégénérés isolés qui n'ont pas le droit d'émigrer (John R. Isidore dans le livre, J.H Sebastian dans le film) ou des gens qui comme Deckard ont choisi de rester en dépit de l'atmosphère inhospitalière. Ils font figure de derniers retranchés dans un monde qui se meurt. Le livre comme le film jouent beaucoup sur le brouillage des frontières entre le vivant et la réplique artificielle. Si la lutte contre la disparition de la faune naturelle est beaucoup plus développée dans le livre que dans le film, l'angoisse du remplacement des humains par des androïdes est au cœur des deux œuvres. D'où la mission quelque peu désespérée des Blade Runner: les empêcher de venir sur terre pour s'y infiltrer et se substituer à eux. D'autant que derrière cette mission se profile une autre question qui est l'interrogation sur ce qu'est l'humanité et quelle est sa différence avec des androïdes (réplicants dans le film) dont le degré de perfectionnement oblige pour les distinguer à faire des tests sophistiqués sur les capacités d'empathie mesurables par l'élévation de la température de la peau ou la dilatation de l'iris. Le film va d'ailleurs encore beaucoup plus loin que le livre qui maintenait une différence ontologique entre humains et androïdes et empêchait l'empathie d'advenir entre eux. Le comportement de Deckart dans le film (Harrison Ford dans l'un de ses meilleurs rôles) est si désabusé et cynique, sa vie est si vide d'humanité qu'il n'est pas difficile de jeter le trouble sur sa véritable identité (au fil des remaniements du film, les doutes sur la véritable nature du Blade Runner n'ont d'ailleurs cessé de grandir). Par conséquent sa relation avec Rachel, l'androïde qui s'ignore et qui possède une mémoire implantée s'en trouve considérablement modifiée. Il n'est pas interdit de penser que Rachel est le double féminin de Deckart (la licorne de son rêve possiblement implanté?)

Outre ce scénario de grande qualité, l'autre atout majeur qui a fait de Blade Runner un film incontournable de l'histoire du cinéma est sa totale réussite visuelle qui continue de fasciner et d'inspirer les cinéastes plus de 30 ans après sa sortie. A mi chemin entre la démesure d'un décor à la Metropolis et l'atmosphère oppressante d'un film noir des années 40, Blade Runner impose comme une évidence la cohérence d'une architecture rétrofuturiste qui n'a rien d'évident, mélange de mégapole asiatique, de pyramides mayas, de puits pétroliers en feu, d'aquarium géants, d'immeubles de différentes époques. Cet empilement a pour but de montrer que dans une planète abandonnée on ne créé plus, on recycle au milieu des ordures. Mais son aspect hétéroclite est harmonisé par une atmosphère hypnotique incroyable se composant d'une dualité parfaitement équilibrée. D'un côté l'impression de baigner en permanence dans un cloaque nocturne et pluvieux, de l'autre d'être au ceour d'un ballet de lumières faites de néons, de spots publicitaires géants et de faisceaux trouant la nuit.
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08/05/2017 : Avis ajouté -  Lu 777 fois    

Charlot marin  

En anglais, le verbe « to shanghai » qui donne son titre au film en VO est un terme de marine qui signifie "enivrer ou endormir un homme pour l’embarquer sur un navire qui est à court d’équipage." Or c'est exactement ce qui arrive à Charlot. Il se retrouve coincé sur un navire qui est une bombe à retardement puisque l'armateur a demandé à son capitaine de faire couler le bateau en mer pour toucher la prime d'assurances. Evidemment les gaffes de Charlot vont compromettre ce plan. A cette intrigue principale s'en ajoute une autre, plus sentimentale. Charlot est amoureux de la fille de l'armateur (Edna Purviance) mais ce dernier s'oppose à leur union. Bravant son père, Edna s'embarque clandestinement déguisée en marin à bord du bateau. Celui-ci lorsqu'il le découvre part se porter à son secours.

Le film est inégal et un peu décousu. Il y a des longueurs, surtout au début. Puis à partir du moment où l'on voit Charlot dans les cuisines du navire, les scènes deviennent plus intéressantes. Chaplin utilise un décor sur rondins (comme dans l'Emigrant) pour faire croire au tangage du navire, danse avec un os de gigot, a le mal de mer et accomplit sous nos yeux des acrobaties assez impressionnantes avec un plateau dans les mains.
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